Thaïlande: nouvelles règles de visa pour lutter contre les visa runs et les activités illégales
En cette année 2025, la Thaïlande a mené plusieurs actions et opérations de grandes envergures pour lutter contre les activités illégales et mettre un peu d’ordre dans des dérives et montages juridiques illégaux courants. Après, les restrictions bancaires, les contrôles sur les compagnies gérées par des étrangers qui utilisent des prête-noms pour contourner la loi, les travailleurs et guide illégaux, c’est maintenant, sur l’exemption de visa pour la Thaïlande que les règles vont se durcir.
Qu’est-ce que l’exemption de visa pour la Thaïlande ?
L’exemption de visa est un dispositif qui permet aux ressortissants de très nombreux pays , dont les Français, Belges, Suisses, Canadiens (voir liste complète ici), d’entrer en Thaïlande sans avoir à demander de visa à l’avance. Elle est destinée exclusivement aux séjours touristiques de courte durée. À l’arrivée, l’immigration appose un tampon autorisant actuellement un séjour de 60 jours (repasser la durée à 30 jours comme précédemment est aussi en discussion), avec possibilité de prolonger une fois sur place contre 1.900 THB de frais et des justificatifs.
Cette exemption n’est pas un visa à proprement parlé, elle permet de rester temporairement dans le pays en tant que touriste. Elle ne permet ni de travailler, ni d’étudier, ni de résider en Thaïlande, et normalement, pas non plus d’utiliser des entrées multiples pour rester de façon continue dans le pays. Sauf qu’elle a souvent été utilisée via des visa-runs qui consistent à passer la frontière avec un pays voisin par voie terrestre et aussitôt re-rentrer en Thaïlande pour obtenir une nouvelle exemption. Une pratique courante, déjà pas mal combattue ces dernières années mais encore utilisée pour rester plus longtemps et pour certains pour travailler illégalement. Les réseaux de cybercriminalité de la région utilisent cette technique et les visas DTV détournés de leur fonction (ce qui explique l’interdiction d’ouvrir un compte bancaire en Thaïlande avec un visa DTV) pour opérer en Thaïlande ou y blanchir l’argent de leurs opérations criminelles.
L’immigration thaïlandaise serre la vis
Le 12 novembre 2025, le commissaire du Bureau de l’immigration, Pol.Lt.Gen. Panumas Boonyalug, a réuni l’ensemble de sa hiérarchie pour mettre en œuvre une série de mesures destinées à soutenir la politique du Premier ministre Anutin Charnvirakul et du chef de la police nationale Pol.Gen. Kittharath Punpetch, qui déclarent « la guerre à la cybercriminalité ».
L’objectif annoncé est clair : empêcher l’utilisation abusive des entrées sans visa (visa-exempt) et couper court aux activités illégales menées sous couvert de tourisme, notamment les arnaques, le trafic d’êtres humains et les cyber-opérations. C’est moins dit dans l’annonce de l’Immigration mais cel combattra aussi les étrangers qui travaillent dans le tourisme illégalement sous statut de touriste.
Contrôles renforcés sur les entrées répétées avec exemption de visa
➡️ Toute personne utilisant l’exemption de visa plus de deux fois sans raison valable pourra se voir refuser l’entrée.
C’est ici, la vraie différence avec la situation précédente. Jusque là, il n’y avait aucune limitation officielle pour une arrivée par voie aérienne, c’était à l’appréciation de l’agent de l’Immigration et 2 exemptions de visa par année calendaire autorisée uniquement par voie terrestre.
L’immigration rappelle que cette exemption est destinée aux touristes, et non à des personnes résidant de fait en Thaïlande ou menant des activités diverses nécessitant un autre type de visa.
Le Bureau de l’immigration précise vouloir empêcher les individus « de se faire passer pour des touristes » alors qu’ils effectuent des transactions, travaillent ou mènent des activités non autorisées dans le pays.
Conséquences concrètes de ces mesures
Concrètement, l’écrasante majorité des touristes n’ a aucun souci à se faire. Ils ne sont pas concernés car ne dépasseront jamais les 2 entrées dans le pays avec exemption de visa.
Voici les conséquences annoncées:
- avant, dans le cadre de la loi, on pouvait arriver en Thaïlande par avion, obtenir un exemption de visa à l’arrivée, puis en obtenir encore 2 par voie terrestre dans l’année. Là, cela semble limité à 2 en tout, quel que soit le mode de transport utilisé pour entrer en Thaïlande. Reste le très flou “sans raison valable” car personne ne sait quels justificatifs seront nécessaires pour prouvé la raison valable, qui dans ce cas, doit être celle de faire du tourisme en Thaïlande.
- les voyageurs qui ont un historique de visa-runs ont plus de chances de se faire refouler car c’est un comportement jugé de plus en plus suspect que d’utiliser cette pratique
- pareil, les voyageurs qui ont eu recours à des visa-runs ont une probabilité bien plus forte de se voir une extension de séjour par l’immigration.
Dans certains cas, même une prolongation déjà accordée pourra être :
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révoquée, et
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suivie d’une expulsion du territoire.
Cette mesure vise à empêcher les personnes utilisant les exemptions successives d’obtenir ensuite une extension pour « régulariser » un séjour prolongé.
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- les contrôles de passeport aux aéroports et postes de frontières pourraient être plus longs et donc l’attente plus longue
Et puis, il y a les directives, les lois, la communication qui est faite autour par les autorités et la réalité du terrain. Difficile de dire si tout cela sera appliqué méticuleusement mais une chose est sûre, quelque chose a changé en Thaïlande ces derniers mois, il y a une vraie volonté de montrer que les petits arrangements avec les lois et règles ne sont plus acceptés, d’éradiquer tous les interstices utilisés pour contourner les règles ou l’esprit des lois et cette fois-ci, ça n’est pas que de la communication.
Interception systématique des étrangers à risque dans les zones frontalières
La Thaïlande met un accent particulier sur les zones frontalières connues pour abriter des réseaux criminels, notamment Mae Sot, dans la province de Tak, face à Myawaddy au Myanmar. Car ce qui déclenche ce sérieux sans précédents dans la traque de tous ceux qui trichent ou détournent les règles de leurs objectifs, c’est la grande criminalité qui s’est installée dans la zone, avec des centres d’arnaques au pratiques inhumaines et aux tailles gigantesque au Cambodge et au Myanmar voisins avec des acteurs de ces réseaux qui utilisent opèrent plus ou moins directement en Thaïlande. Cela a énormément affecté l’image du pays et tout est mis en oeuvre pour les combattre et par delà cet objectif montrer qu’un certain laxisme, il faut le reconnaître, notamment sur des zones grises connues mais tolérées dans le passé n’est aujourd’hui plus d’actualité.
Deux groupes seront automatiquement bloqués :
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les étrangers inscrits dans les bases de données de surveillance (watch-list) dans les régions frontalières ;
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ceux qui ont été repoussés, refoulés ou expulsés de Thaïlande par ces mêmes postes frontaliers.
➡️ Ces personnes seront refusées sans exception.
L’immigration explique que ces zones sont des « sources majeures d’arnaques » et que les individus y transitant sont considérés comme un groupe à haut risque.
Opération nationale contre les dépassements de séjour (overstay)
L’Immigration Bureau demande aussi à toutes ses divisions de lancer une vaste opération de contrôle visant à repérer et arrêter les étrangers en situation de dépassement de séjour.
➡️ L’objectif est d’obtenir des résultats concrets et visibles, avec des arrestations et expulsions coordonnées dans tout le pays.
L’overstay reste l’infraction majeure observée chez les étrangers, et les nouvelles directives en font désormais une priorité nationale.
Conseils aux voyageurs : ce qu’il faut retenir
Si vous êtes un touriste classique même récurrent en Thaïlande (mais sans historique de visa-runs car là, ça va forcément entraîné un examen plus approfondi de votre cas), cela n’aura aucun impact sur vous.
L’immigration insiste :
Ces règles n’ont pas pour but de nuire au tourisme, mais de sélectionner des visiteurs de qualité (entendez les vrais touristes) et d’accroître la sécurité du pays.
Pour les voyageurs réguliers, il me paraît plus que jamais important de :
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ne pas multiplier les entrées successives avec exemption de visa
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privilégier un visa approprié si l’on prévoit de rester longtemps ou de revenir souvent et d’une manière générale de ne pas juste faire du tourisme
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conserver ses justificatifs de voyage légitimes (hébergement, billet retour, itinéraire).
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éviter toute demande de prolongation si l’on a déjà un historique de visa runs
Conclusion
L’exemption de visa doit être utilisée pour un tourisme authentique, et non comme un moyen de vivre en Thaïlande sans le visa approprié. Les “vrais” touristes ne devraient pas être inquiété par ces nouvelles directives. Sauf peut-être les voyageurs longues durée, en mode année sabbatique et tour du mondistes qui ne pourront peut-être pas rester moins longtemps qu’ils auraient aimé à voyager en Thaïlande. Comme toujours, ce sont les comportements abusifs qui peuvent avoir des répercussions sur ceux qui n’abusent pas….
Communiqué de l’Immigration
